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Journée internationale des femmes : célébrer des parcours inspirants et faire tomber les préjugés

Journée internationale des femmes : célébrer des parcours inspirants et faire tomber les préjugés

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, nous mettons en lumière trois femmes juristes qui ont marqué l’histoire : Bertha Wilson, Louise Arbour et Beverley McLachlin. Ces juges de la Cour suprême du Canada sont des exemples inspirants de pionnières du droit. Depuis la nomination de Bertha Wilson comme première femme à siéger à la Cour suprême du Canada, la profession juridique a parcouru un long chemin sur le plan de l’égalité entre les sexes. Malgré les progrès réalisés et les barrières qui ont été levées pour les générations suivantes de femmes avocates, il reste encore du travail à faire pour rendre la profession plus inclusive, diversifiée et équitable.

Bertha Wilson, première femme nommée à la Cour suprême du Canada, y a siégé de 1982 à 1991. Elle a grandement contribué à faire progresser la compréhension du droit à l’égalité, notamment en démontrant que des lois apparemment neutres peuvent avoir des effets disproportionnés sur les femmes et les groupes marginalisés. Son parcours vers le plus haut tribunal du pays n’a pas été de tout repos. Issue d’une famille ouvrière écossaise, elle s’est fait dire par le doyen de la faculté de droit de l’Université Dalhousie, lors de son inscription en 1955, de « retourner à la maison pour faire du crochet ». Heureusement, elle n’a pas écouté ce conseil.

Après une carrière remarquable, qui l’a notamment menée à devenir la première femme nommée à la Cour d’appel de l’Ontario, elle rejoint la Cour suprême du Canada en 1982, l’année même de l’entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés. Elle joue un rôle majeur dans l’interprétation de cette dernière. Dans des décisions historiques comme Lavallée, qui a permis de faire évoluer le droit de la légitime défense en tenant compte de la réalité des femmes victimes de violence conjugale, ainsi que dans R. c. Morgentaler, portant sur les droits reproductifs, elle s’est imposée comme une juge courageuse, déterminée et guidée par de solides principes.

En 1994, à la tête d’un groupe de travail de l’Association du Barreau canadien sur l’égalité entre les sexes, elle publie un rapport percutant soulignant les défis auxquels font face les avocates ayant des enfants. Elle y recommande notamment que la performance soit évaluée selon d’autres critères que les seules heures facturables. Plusieurs estiment que sa présence respectée sur le banc a ouvert la voie à la nomination d’un plus grand nombre de femmes à la magistrature.

Diplômée en droit civil de l’Université de Montréal, Louise Arbour est devenue une figure internationale de la défense des droits de la personne. En pratique privée, elle a contesté certaines dispositions des lois canadiennes sur les agressions sexuelles et a occupé le poste de vice-présidente de l’Association canadienne des libertés civiles. Comme juge à la Cour d’appel de l’Ontario, elle a dirigé une enquête marquante sur les conditions de détention à la Prison des femmes de Kingston.

Peu de temps après, le Conseil de sécurité des Nations Unies la nomme procureure en chef des tribunaux pénaux internationaux chargés des crimes de guerre commis au Rwanda et dans l’ex-Yougoslavie. À ce titre, elle participe à une page d’histoire en obtenant l’inculpation d’un chef d’État en exercice. Après son passage à la Cour suprême du Canada de 1999 à 2004, elle est immédiatement nommée haute-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

Originaire d’une petite communauté de l’Alberta, Beverley McLachlin gravit rapidement les échelons de la profession juridique. Son ascension la mène à la Cour suprême du Canada en 1989, alors qu’elle n’a que 45 ans. De 2000 à 2017, elle devient la première femme à occuper le poste de juge en chef du Canada, et demeure à ce jour la personne ayant exercé cette fonction le plus longtemps.

Mme McLachlin a souvent exprimé sa fierté de servir de modèle aux femmes avocates. Ses jugements lui ont valu une réputation de penseuse rigoureuse, pragmatique et indépendante, particulièrement attachée à la liberté d’expression. Elle soutenait notamment que les tribunaux peuvent faire évoluer le droit de façon importante lorsqu’ils reflètent des changements clairs dans les valeurs de la société. Après sa retraite, ses mémoires intitulés La vérité, toute la vérité (Truth Be Told) sont devenus un succès de librairie, et elle a depuis publié deux romans.

L’écart salarial demeure une réalité

Selon les Nations Unies et Statistique Canada, malgré les progrès réalisés par les femmes dans le domaine juridique, des inégalités persistantes demeurent.

Le Globe and Mail rapportait notamment que les associées détenant une participation dans un grand cabinet juridique gagnaient en moyenne 25 % de moins que leurs homologues masculins. Un autre sondage révélait que les avocates en entreprise gagnent encore, en moyenne, 19 000 $ de moins par année que leurs collègues masculins.

L’Association du Barreau canadien souligne également que l’augmentation du nombre de femmes dans la profession ne s’est pas traduite par une représentation équivalente dans les postes de haute direction. Elle note que plusieurs femmes quittent la profession en raison de milieux de travail discriminatoires, tout en assumant une part disproportionnée des responsabilités familiales et des soins aux enfants.

Les spécialistes estiment toutefois que l’écart salarial ne s’explique pas uniquement par les congés parentaux ou les interruptions de carrière. Les causes sont nombreuses et complexes. Certaines relèvent de facteurs sociaux, notamment l’idée persistante que les femmes devraient occuper des rôles de soutien, effectuer davantage de recherche juridique ou de tâches non facturables plutôt que plaider devant les tribunaux.

D’autres explications avancées incluent le fait que certains avocats ont davantage tendance à favoriser et promouvoir d’autres hommes, souvent qualifié de « réseau des vieux copains ». Les perceptions des clients à l’égard des femmes professionnelles, la concentration des femmes dans certains secteurs juridiques moins rémunérés ou encore une moindre propension à négocier agressivement leur rémunération peuvent également contribuer à cet écart. Ce phénomène est accentué par le manque de transparence salariale qui caractérise encore largement la profession.

Le thème de la Journée internationale des femmes cette année est #BriserLesPréjugés (#BreakTheBias). Pour bâtir un milieu juridique où les femmes peuvent s’épanouir pleinement et atteindre l’équité salariale, nous devons continuer à dénoncer et à combattre ces inégalités, tout en célébrant les réalisations exceptionnelles de figures inspirantes comme Bertha Wilson, Louise Arbour et Beverley McLachlin.